Lettre de Poilus

Publié le par classe 3°6 collège boris vian

Soissons, le 28 avril 1917

 

 

 

Ma tendre Anne,

 

Je t'écris cette lettre de la main gauche car je n'ai plus de main droite. J'ai été emputé du bras souffrant il y a deux jours, car j'ai reçu un éclat d'obus.

« Heureusement que t'as pas chopé la gangrène, sinon t'aurais déjà crevé ». C'est ce que m'a dit Bondi l'autre jour.

Bondi, c'est un gentil gars qui a perdu sa femme avant d'être appelé sur le front avec moi. Et tu sais, il y en a besoin de gars comme lui ici, car la vie est dur dans ce trou. D'ailleurs, il y a encore quelques jours je me suis réveillé à cause des rats qui étaient en train de me mordre l'orteil.

Bondi, c'est pas son nom, il s'appelle Jacques mais on l'appelle comme ça depuis qu'il a eu le réflexe de faire un bond pour échapper à un obus, ça lui a sauvé la vie !

Pour moi, il n'y aura plus de bataille. Je ne peux plus tenir un fusil ...

Le 16 avril, l'offensive du Chemin des Dames a été lancée. J'étais a pied avec pour seul arme mon fusil, et les « Boches » avec leurs mitraillettes et leurs canons nous visaient de leurs tranchées. Nous tombions tous les uns après les autres ...

Je suis heureux d'être sauf car un grand nombre de mes compagnons sont morts et mon pauvre cousin Jean en fait partie.

A l'hôpital, les blessés affluent et la rumeur raconte qu'à la bataille nous avons avancé de cinq cents mètres au lieu de dix kilomètres prévus ! Comme les autres soldats, j'en ai marre de ces batailles et de ces morts inutiles. Mais j'ai peur que dans un excès de colère mes compagnons commettent une faute et se fasse fusillés « pour l'exemple ».

J'espère être de retour dans deux à trois semaines. J'aimerais tant que cette satanée guerre se finisse et revoir Bondi sain et sauf !

Je t'embrasse.

Joseph.

 

 

Lucile et Marine G.

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